L’intelligence artificielle au service de la CAA : Comment l'IA est-elle utilisée pour améliorer la CAA haute technologie ?
La communication alternative et améliorée (CAA) ne se résume pas au choix d’une application, d’un classeur ou d’un dispositif.
C’est une démarche globale qui vise à donner à une personne les moyens de communiquer lorsque la parole seule ne suffit pas. Elle peut associer parole, vocalisations, gestes, mimiques, regard, signes, pictogrammes, écriture, tableaux de communication ou outils numériques : c’est la multimodalité.
Pour le professionnel qui débute, plusieurs questions se posent : faut-il attendre certains prérequis ? Comment choisir un système ? Comment adapter l’accès ? Quelle place donner aux proches ? Et comment faire vivre la CAA au-delà des séances ?
Un fil conducteur permet de structurer la démarche :
Observer la personne, présumer ses compétences, rendre la communication accessible, proposer des modèles, personnaliser les moyens de communication, puis expérimenter et ajuster dans la vie réelle.
La CAA ne signifie pas nécessairement « remplacer la parole ».
Une personne peut parler et utiliser parallèlement un système de CAA. Elle peut utiliser un geste avec un proche, quelques mots dans une situation familière et une synthèse vocale avec une personne qui la comprend moins bien.
La CAA permet donc de combiner les moyens de communication disponibles selon les situations et les besoins.
Un enfant peut parler dans certaines situations et rencontrer davantage de difficultés lorsqu’il est fatigué, très stimulé ou confronté à l’imprévu.
Il peut alors utiliser des vocalisations, des gestes, des répétitions ou s’appuyer sur un support visuel.
Introduire la CAA ne signifie pas supprimer ces modalités, mais lui donner davantage de possibilités pour se faire comprendre.
Une personne peut avoir une bonne compréhension du langage et une réelle envie d’échanger, tout en ayant une parole difficilement intelligible.
Elle peut combiner parole, mouvements de tête, regard, gestes, tableau de communication ou synthèse vocale.
La question n’est donc pas seulement : « Quel est son mode de communication ? », mais plutôt : « De quels moyens dispose-t-elle selon les situations ? »
Faut-il comprendre les pictogrammes ? Savoir pointer ? Imiter ? Disposer d’un certain niveau cognitif ou linguistique ?
Les recommandations professionnelles ne retiennent pas de prérequis spécifiques pour commencer une démarche de CAA.
Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas évaluer. L’évaluation permet au contraire de déterminer comment rendre la communication accessible : quels modes d’accès explorer, quels supports tester et quels partenaires impliquer.
Exemple : « Il ne pointe pas »
Chez une personne avec paralysie cérébrale, le pointage peut être imprécis ou coûteux sur le plan moteur.
La question n’est donc pas seulement : « Peut-elle pointer ? », mais plutôt :
« Quel mode d’accès lui permettrait d’atteindre les messages dont elle a besoin ? »
Exemple : « Il ne comprend pas encore les pictogrammes »
Chez un enfant autiste, attendre une parfaite compréhension des symboles avant de proposer une CAA peut retarder l’accès au langage.
L’exposition aux symboles et aux systèmes de communication peut justement participer à leur apprentissage.
Aucun prérequis signifie donc ne pas attendre une compétence pour donner accès au moyen qui peut contribuer à son développement.
Présumer les compétences consiste à ne pas confondre ce que la personne parvient actuellement à montrer avec l’ensemble de ses compétences.
Une absence de réponse peut avoir de nombreuses explications : question trop complexe, manque de vocabulaire, fatigue, difficulté motrice, temps de réponse insuffisant ou système mal maîtrisé.
Présumer les compétences ne signifie pas interpréter chaque comportement comme un message. Il s’agit de conserver une hypothèse ouverte et de chercher dans quelles conditions la personne peut réellement démontrer ses capacités.
Disposer d’un système de CAA ne signifie pas automatiquement pouvoir communiquer.
L’accès dépend de la personne, du dispositif et de l’environnement : motricité, vision, capacités sensorielles, fatigabilité, positionnement, organisation de la grille, mais aussi bruit, lumière et partenaires.
« Il ne peut pas » ou « il ne peut pas dans ces conditions » ?
Une personne peut réussir à utiliser son système le matin et rencontrer davantage de difficultés après plusieurs heures d’école.
Avant de conclure à une incapacité, il faut observer la fatigue, la posture, la précision des gestes, la concentration et l’adaptation du dispositif.
Une difficulté d’accès ne doit pas être confondue avec une absence de compétence.
La CAA doit pouvoir accompagner la personne dans les différents lieux où elle vit : maison, école, loisirs, rendez-vous médicaux et activités sociales.
Un dispositif qui fonctionne en séance mais reste dans un sac le reste du temps ne permet pas encore une communication réellement fonctionnelle.
La technologie ne suffit pas.
Le partenaire facilite la communication en laissant du temps pour répondre, en modélisant les messages, en proposant des occasions de communiquer et en vérifiant sa compréhension.
La CAA se construit donc avec la personne et son environnement.
Une personne qui découvre un système ne sait pas nécessairement comment s’en servir.
La modélisation consiste pour le partenaire à utiliser lui-même les symboles pendant qu’il parle. Pendant une activité, il peut par exemple dire « encore » tout en sélectionnant le symbole correspondant.
L’objectif n’est pas d’obtenir immédiatement une reproduction, mais de montrer que ces symboles servent à construire des messages.
Pendant une activité motivante, le partenaire peut modéliser « encore », « fini », « j’aime », « regarde », « aide-moi » ou « arrête », selon ce qui se passe réellement.
Les mots sont ainsi disponibles au moment où ils ont du sens, plutôt que transformés en exercice à réussir.
La même démarche s’applique en tenant compte du mode d’accès et du rythme de la personne.
Le partenaire peut modéliser « encore », « attends », « aide-moi », « pas ça » ou « j’ai fini », tout en lui laissant le temps nécessaire pour répondre.
Le temps d’attente est essentiel : si le partenaire anticipe systématiquement la réponse, il risque de parler à la place de la personne.
Les messages à modéliser dépendent des activités, des besoins, des intérêts et de l’environnement.
La CAA doit permettre de demander, refuser, commenter, attirer l’attention, exprimer une préférence, demander de l’aide ou participer à une conversation.
Enrichir un système ne consiste pas simplement à ajouter des pictogrammes.
Il faut prendre en compte les proches, les activités, les goûts, les lieux, les centres d’intérêt et les sujets de conversation de la personne.
Une CAA riche doit permettre de demander, refuser, commenter, répondre, questionner, raconter, plaisanter, exprimer une émotion et donner son avis.
Son intérêt pour les trains peut devenir un contexte privilégié pour développer le langage :
« j’aime », « encore », « regarde », « grand », « rapide », « pas celui-là », « où ? », « quand ? »
L’intérêt de l’enfant devient ainsi un point d’appui pour développer la communication, et pas seulement une catégorie de vocabulaire.
Si son objectif est de communiquer davantage avec ses pairs, son système doit également lui permettre de parler de musique, d’amis, de sorties, d’humour, de goûts, de projets et d’opinions.
La personnalisation doit accompagner la personne dans sa vie, pas uniquement dans ses soins.
Il n’existe pas une solution universelle pour une personne autiste ou une personne avec paralysie cérébrale.
Le raisonnement peut plutôt suivre cette logique :
besoins → situations → accès → communication → partenaires → solution à tester
L’évaluation permet d’explorer différentes solutions et différents modes d’accès. Le low-tech et le high-tech peuvent également être complémentaires.
TD Snap permet d’illustrer plusieurs dimensions de cette démarche : différents modes d’accès, organisation du vocabulaire, personnalisation et évolution du système.
L’enjeu clinique reste toutefois premier : « Quel mode d’accès permet à cette personne de communiquer avec le moins de contraintes possible ? »
Le logiciel ou le dispositif n’est qu’un moyen à tester et à ajuster.
Une CAA ne se mesure pas uniquement au nombre de symboles sélectionnés pendant une séance.
La question essentielle est : « Qu’est-ce que cette personne peut maintenant faire avec sa communication qu’elle ne pouvait pas faire auparavant ? »
Pouvoir refuser une activité, produire soi-même un message, intervenir dans une conversation avec un pair ou exprimer une préférence : c’est cette évolution de la participation qui donne du sens à la démarche.
Un cas fréquent : « Ça fonctionne avec l’orthophoniste, mais pas à la maison »
Avant de conclure que la personne n’utilise pas suffisamment son système, il est utile d’observer :
• où se trouve le dispositif ;
• qui sait l’utiliser ;
• qui modélise ;
• si le vocabulaire correspond aux activités quotidiennes ;
• si le mode d’accès reste efficace ;
• si la personne est fatiguée ;
• si les proches lui laissent suffisamment de temps.
Une CAA fonctionnelle est une CAA qui sort de la séance pour entrer dans la vie.
La CAA n’est pas une succession d’étapes que l’on valide une fois pour toutes.
Elle fonctionne comme une boucle :
multimodalité → aucun prérequis → présomption des compétences → accès et environnement → modélisation → personnalisation → choix d’une solution → action dans la vie réelle → nouvelle observation.
Les besoins évoluent, les compétences progressent, les environnements changent : la CAA doit pouvoir évoluer elle aussi.
1. Que cherche cette personne à communiquer ?
Ne partez pas uniquement de ce qu’elle ne dit pas.
2. Comment communique-t-elle déjà ?
Regard, gestes, vocalisations, parole, signes, objets, images…
3. Qu’est-ce qui empêche aujourd’hui cette communication ?
Accès, environnement, fatigue, vocabulaire, partenaire ou disponibilité du système ?
4. Que pouvons-nous tester ?
Une modalité, un support, un vocabulaire, un mode d’accès ou une situation.
5. Comment faire vivre cette communication en dehors de la séance ?
Avec qui ? Où ? Quand ? Pour quoi faire ?
Mettre en place une CAA ne consiste pas simplement à choisir une application, installer des pictogrammes ou apprendre à appuyer sur des boutons. C’est une démarche qui commence par l’observation et l’expérimentation.
La multimodalité permet de considérer l’ensemble des moyens dont dispose la personne. L’absence de prérequis évite de retarder l’accès à la communication. La présomption des compétences invite à ne pas confondre difficulté d’expression et absence de compétences.
L’analyse de l’accès et de l’environnement permet de rechercher ce qui rend réellement la communication possible. La modélisation montre comment utiliser le système. La personnalisation construit un moyen de communication pertinent pour la vie de la personne.
La question n’est donc pas seulement :
« Quel outil dois-je donner à cette personne ? »
Mais plutôt : « Que pouvons-nous mettre en place pour qu’elle puisse communiquer davantage, avec davantage de personnes, dans davantage de situations, et avec davantage de contrôle sur ce qu’elle veut dire ? »
C’est à partir de cette question que la CAA devient véritablement une démarche de communication.
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